La santé du président gabonais, désormais transformé en animal de cirque par son entourage, s’étant gravement détériorée dix jours à peine après son retour folklorique, il a donc fallu l’évacuer d’urgence. Il y a encore deux semaines pourtant, tout ce que le pouvoir gabonais compte de griots et de propagandistes annonçait à grand renfort de publicité que « le président de la République [était] en pleine possession de tous ses moyens ». Et qu’il allait effectuer son grand retour le 23 mars. Mais en fait de « grand retour », les Gabonais ont plutôt eu droit à deux courtes vidéos rapidement partagées sur les réseaux sociaux, et montrant un Ali Bongo méconnaissable. Frappé d’un étrange strabisme divergent, l’homme avait beaucoup de mal à se mouvoir : les images de son départ de Rabat et celles de sa supposée arrivée à Libreville présentaient un individu très diminué physiquement, portant une prothèse ou une chaussure orthopédique au pied droit. Le samedi 23 mars, aux environs de 17h, c’est une sorte de pantin dégingandé qui a été présentée de loin aux nombreux badauds convoyés par bus à l’aéroport de Libreville pour l’acclamer. Même ses ministres ont été tenus à distance.
Il n’est, de ce fait, pas étonnant que son épouse ait décidé, moins de deux semaines après cette énième mascarade, de le faire hospitaliser en Europe. De toutes les façons, Sylvia Bongo et ses proches savaient, depuis l’AVC qui l’a foudroyé le 24 octobre dernier en Arabie Saoudite, qu’Ali Bongo ne se remettrait jamais. Ce qui, d’ailleurs, les amènera à élaborer différents scenarii devant permettre au clan de continuer à régner indéfiniment à la tête de l’Etat. A la manœuvre, l’incontournable Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente de la cour constitutionnelle. Surnommée la « Tour de Pise » par ses compatriotes du fait de sa propension à toujours pencher du côté du pouvoir, elle n’a pas hésité à se mettre en première ligne. Dans le rôle de marionnettistes, l’épouse d’Ali Bongo, Sylvia Valentin et son chevalier servant, l’intrigant Brice Fargeon « Laccruche Alihanga ». Ils ont ensemble imaginé un bricolage institutionnel dans le but de contourner l’article 13 de la constitution gabonaise qui fait du président du sénat le successeur par intérim du chef de l’Etat en cas de vacance de pouvoir.
Pour gagner du temps, Marie-Madeleine Mborantsuo a introduit dans la Loi fondamentale la notion d’«indisponibilité temporaire» du chef de l’Etat. L’objectif étant, in fine, de procéder à une modification plus en profondeur de la constitution. Laquelle conduirait à désigner le très docile président de l’assemblée nationale, Faustin Boukoubi, comme « président de la République à titre provisoire ». En fait, sa mission consisterait à terminer le mandat d’Ali Bongo et, surtout, à « chauffer » le fauteuil présidentiel en attendant l’élection de 2023 à laquelle Mborantsuo entend se présenter.
Depuis un moment déjà, les Gabonais étaient au courant du projet machiavélique de la présidente de la cour constitutionnelle. Mais il y a un autre qui vient de voir le jour, et il porte la signature du couple français Sylvia Bongo Valentin et Brice Fargeon « Laccruche Alihanga ». Dans ce dernier scénario concocté discrètement dans le dos de Marie-Madeleine Mborantsuo, de nouveaux acteurs ont fait leur apparition. Il s’agit, entre autres, de Julien Nkoghe Bekale, le Premier ministre sorti des rangs de l’Ajev, cette nébuleuse mafieuse déguisée en association et présidée par le sulfureux Brice Fargeon. A ses côtés, Faustin Boukoubi, bien sûr, mais également un constitutionnaliste français chargé de donner un aspect juridique présentable à cette forfaiture en gestation. Pour l’aspect financier, car il faudra de l’argent pour corrompre les très achetables députés du PDG (le parti majoritaire à l’assemblée), un certain Patrichi Christian Tanasa, DG de Gabon oil company, a été mis à contribution. Placé à la tête de cette machine à cash par Brice Fargeon, le servile Tanasa ne saurait rien refuser à son mentor.
Dans le nouveau projet de révision constitutionnelle, il est question de deux cas de figure :
Comme on peut le constater, le pouvoir au Gabon qui est désormais la « propriété » de deux ressortissants français, Sylvia Valentin, épouse Bongo et Brice Fargeon, alias « Laccruche Alihanga » pourrait le demeurer encore longtemps. Car, pour continuer à régner sur le pays et à piller ses ressources, le couple a entrepris, non seulement d’utiliser des lampistes, mais également de contourner l’encombrante « Tour de Pise ».
Hasard du calendrier : pendant que ces officines mafieuses se battent pour prendre ou conserver le contrôle d’un régime prédateur à bout de souffle, les élèves manifestent dans la rue depuis plusieurs jours pour dénoncer les mesures de suppression des bourses d’études annoncées par le gouvernement. Ils seront certainement rejoints par les fonctionnaires qui entendent protester contre les coupes drastiques opérées sur leurs salaires. Serait-ce le début de la fin pour le duo infernal Valentin/Fargeon ? La réponse dépend de la capacité des Gabonais à s’indigner et à refuser la soumission…
Céline Alexandre
coupsfrancs.com
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