ECONOMIE

Alassane Ly, Financier: Le Sénégal doit transformer la contrainte budgétaire en opportunité

La requalification de la dette publique sénégalaise, de 74,4 % à 132 % du PIB à fin 2024, marque une rupture statistique majeure, bien au-delà de la norme prudentielle UEMOA (70 %). Cette réalité appelle un changement de doctrine pour accélérer la croissance économique et le développement durable selon Alassane Ly Financier. Il cité d’ailleurs cinq (05) leviers stratégiques pour transformer la contrainte en opportunité. Il s’agit dit-il de la stabilité réglementaire. En effet, « Aucun mécanisme financier ne fonctionne dans un environnement perçu comme instable. La stabilité réglementaire est le pivot invisible de toute stratégie macro-financière crédible. C’est elle qui conditionne le retour en confiance des investisseurs et des partenaires techniques et financiers, et qui détermine, in fine, les conditions d’accès au financement ». Il affirme que « cela suppose, notamment, un renforcement de l’environnement des affaires : une stabilité accrue des contrats de partenariat (pétroliers, gaziers et miniers), fondée sur une approche à la fois équilibrée et compétitive, ainsi qu’une meilleure prévisibilité des avantages fiscaux et une plus grande lisibilité du cadre juridique applicable aux investisseurs.

Dans un contexte de concurrence régionale accrue pour l’attraction des capitaux, tout signal d’instabilité contractuelle ou fiscale constitue un coût invisible que le Sénégal ne saurait s’autoriser ».

il cité aussi le dialogue avec le secteur privé . « C’est peut-être l’urgence la moins visible, mais la plus immédiate. Le climat d’anxiété économique au Sénégal pousse déjà certains industriels à arbitrer en faveur de la Côte d’Ivoire, du Bénin ou de la Guinée Conakry. Chaque investisseur qui part emporte avec lui des emplois, des recettes fiscales et une capacité productive que le pays ne peut pas se permettre de perdre.

Un dialogue structuré, régulier et sincère avec le secteur privé, notamment les industriels et les BTPistes, n’est pas un geste politique. C’est une nécessité macroéconomique ». S’y ajouté le reprofilage de la dette extérieure,avec près de 68 % de la dette totale libellée en devises, le reprofilage extérieur n’est plus une option, c’est une nécessité. » Cela implique d’engager avec les bailleurs multilatéraux et bilatéraux des négociations structurées : allongement des maturités, et obtention si possible de new money (nouvelle enveloppe) fléchée exclusivement vers des investissements productifs : générateurs de recettes fiscales et d’emplois formels » dit-il. Autre point, la relance infrastructurelle comme moteur de croissance. « La relance économique passe nécessairement par l’infrastructure. Mais dans le contexte africain, les mécanismes de financement classiques ont atteint leurs limites. Il convient d’innover en structurant des lignes de financement auprès des institutions financières, bailleurs internationaux et autres partenaires adossées directement aux recettes générées par les investissements concernés : péages routiers, redevances portuaires, tarifs énergétiques » selon lui. Il ajoute que « ces flux seraient domiciliés dans un compte dédié, ou confiés à la Caisse des Dépôts et Consignations, qui pourrait ainsi se positionner comme le premier investisseur institutionnel de l’Etat. Des mécanismes de révision périodique permettraient d’ajuster les conditions de financement aux réalités économiques. L’actif finance ainsi sa propre dette : c’est la logique du capital productif appliquée à la sphère publique ». En fin il note qu’il faut r enforcer les fonds propres des entreprises publiques. C’est le levier le plus structurel dans le temps. Plusieurs voies concrètes peuvent être combinées : « Ouverture du capital à des partenaires stratégiques : recapitalisation ciblée via entrée d’investisseurs institutionnels, fonds souverains régionaux ou partenaires sectoriels apportant à la fois capitaux et expertise technique, cession d’actifs non stratégiques : Désinvestissement des participations publiques dans des secteurs où l’Etat n’a ni avantage comparatif ni expertise opérationnelle, pour réallouer ces ressources vers des priorités à plus fort impact et une introduction en bourse partielle (IPO) pour les entreprises publiques rentables, une cotation à la BRVM permettrait de lever des capitaux tout en renforçant la gouvernance par la discipline de marché ».

Par ailleurs M. Ly souligne que l’objectif final des entreprises publiques suffisamment solides pour devenir des relais autonomes de l’investissement, capables de lever leurs propres ressources sur les marchés et non plus des charges récurrentes pour le budget de l’Etat. « L’enjeu n’est pas moins de dette. L’enjeu est une meilleure dette disciplinée, ancrée sur des actifs productifs, portée par des institutions stables et un secteur privé confiant » conclut-il.

Auteur: Yandé Diop Source Seneweb
James Dillinger

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