Washington durcit le ton envers Pretoria et Kigali. Le président américain Donald Trump a engagé une procédure visant à exclure l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un programme commercial qui permet à plusieurs pays africains d’exporter certains produits vers les États-Unis sans droits de douane. La mesure doit prendre effet le 1er janvier 2027, selon une déclaration officielle publiée le 2 novembre par le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer.
Cette décision représente un nouveau coup de pression économique et diplomatique de Washington sur deux partenaires africains. Elle risque notamment de fragiliser plusieurs filières exportatrices, particulièrement en Afrique du Sud, dont les constructeurs automobiles, les producteurs d’agrumes et d’autres acteurs industriels et agricoles bénéficient de l’accès préférentiel au marché américain.
Dans son communiqué, Jamieson Greer affirme que l’examen annuel de l’éligibilité des pays bénéficiaires a conduit Donald Trump à considérer que les gouvernements sud-africain et rwandais adoptaient des pratiques incompatibles avec les critères de l’AGOA. L’administration américaine évoque notamment des obstacles au commerce et aux investissements américains, ainsi que des préoccupations liées à la sécurité nationale et aux intérêts de politique étrangère des États-Unis.
L’Afrique du Sud particulièrement exposée
Pour Pretoria, les conséquences économiques pourraient être importantes. L’Afrique du Sud figure parmi les principaux bénéficiaires du programme AGOA et constitue un fournisseur majeur du marché américain pour plusieurs catégories de produits manufacturés.
Selon Reuters, les exportations sud-africaines réalisées dans le cadre de ce dispositif ont représenté environ 1,7 milliard de dollars en 2025. Les véhicules, les pièces automobiles et les agrumes comptent parmi les produits concernés. La disparition des préférences tarifaires pourrait donc réduire la compétitivité de certains produits sud-africains face à leurs concurrents internationaux.
Les producteurs d’agrumes redoutent notamment une hausse des coûts d’accès au marché américain. Boitshoko Ntshabele, directeur général de l’association des producteurs d’agrumes d’Afrique australe, a dénoncé, selon les informations rapportées par la presse, un coup sérieux porté à l’industrie. Il a également alerté sur les risques pour l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs aux exportateurs, en passant par les opérateurs logistiques.
Au-delà des entreprises directement concernées, une telle évolution pourrait peser sur l’emploi, les investissements et les revenus des producteurs. Les exportateurs devront soit absorber une partie des coûts supplémentaires, au risque de réduire leurs marges, soit répercuter la hausse sur les acheteurs américains, avec le risque de perdre des parts de marché.
Washington multiplie les reproches contre Pretoria
La décision américaine s’inscrit dans un contexte de relations bilatérales tendues. L’administration Trump reproche notamment à l’Afrique du Sud certaines pratiques commerciales, des obstacles aux investissements américains et des problèmes de corruption. Des divergences politiques et diplomatiques entre les deux gouvernements ont également contribué à détériorer leurs relations.
Pretoria défend pour sa part sa souveraineté et conteste certaines critiques formulées par Washington. Les désaccords portent notamment sur des orientations politiques et économiques que les autorités sud-africaines considèrent comme relevant de leurs choix nationaux.
L’exclusion annoncée de l’AGOA apparaît ainsi comme un moyen de pression supplémentaire dans une relation déjà marquée par des divergences profondes. Pour les autorités sud-africaines, le défi consiste désormais à préserver les débouchés commerciaux du pays tout en limitant les conséquences d’une éventuelle augmentation des droits de douane.
Le Rwanda également dans le viseur américain
Kigali est lui aussi concerné par cette décision, même si sa situation commerciale diffère de celle de Pretoria. Le gouvernement américain a exprimé des préoccupations concernant les obstacles au commerce et aux investissements, l’État de droit, le pluralisme politique, les droits des travailleurs et les droits humains.
Les relations entre Washington et Kigali sont également affectées par la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Les États-Unis accusent le Rwanda de soutenir le mouvement armé M23, actif dans cette région. Kigali conteste les accusations portées contre lui.
Il convient toutefois de distinguer les griefs diplomatiques des motifs officiellement avancés pour la décision commerciale. Dans son communiqué du 2 novembre, le représentant américain au Commerce énumère plusieurs préoccupations concernant le Rwanda, notamment les questions de gouvernance, les droits humains, les obstacles économiques et les intérêts de sécurité nationale des États-Unis.
Le Rwanda avait déjà perdu, en 2018, les avantages de l’AGOA pour ses exportations de vêtements, à la suite d’un différend commercial portant sur les restrictions appliquées aux importations de vêtements d’occasion. La nouvelle mesure annoncée par Washington élargirait donc les conséquences commerciales pour Kigali.
L’AGOA, un instrument économique et diplomatique
Mis en place en 2000, l’African Growth and Opportunity Act constitue un pilier des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne. Le programme accorde aux pays admissibles un accès préférentiel au marché américain pour un large éventail de produits, sous réserve du respect de critères économiques, politiques et sociaux.
Ces conditions concernent notamment l’économie de marché, l’État de droit, les droits humains, la lutte contre la corruption et la suppression des obstacles au commerce et aux investissements américains. Washington procède à des examens périodiques afin de déterminer quels pays peuvent continuer à bénéficier du dispositif.
Pour les économies africaines, l’AGOA représente un débouché commercial susceptible de soutenir les exportations, d’encourager les investissements et de contribuer à la création d’emplois. Mais cette dépendance aux préférences tarifaires expose également les entreprises aux changements de politique commerciale de Washington.
L’annonce concernant l’Afrique du Sud et le Rwanda illustre cette réalité : l’accès privilégié au marché américain n’est pas garanti de manière permanente et peut devenir un instrument de pression dans les relations internationales.
Quelles conséquences pour le commerce africain ?
Si la mesure entre en vigueur à la date annoncée, les exportateurs sud-africains et rwandais concernés devront composer avec des conditions d’accès moins favorables au marché américain. Les conséquences varieront selon les produits, les droits de douane applicables et la capacité des entreprises à trouver d’autres débouchés.
L’Afrique du Sud pourrait notamment chercher à renforcer ses échanges avec d’autres partenaires commerciaux et à diversifier ses marchés. Le Rwanda pourrait, de son côté, devoir accélérer ses efforts pour protéger ses exportateurs et maintenir leur compétitivité.
Cette affaire soulève une question plus large pour le continent : comment développer des économies exportatrices solides lorsque l’accès aux grands marchés internationaux dépend aussi des rapports de force politiques ?
Pour Pretoria et Kigali, les prochaines semaines seront déterminantes. Les deux gouvernements devront mesurer les possibilités de négociation avec Washington et préparer des solutions pour limiter les effets de la décision. Pour les entreprises, l’enjeu sera de préserver les commandes, les emplois et les investissements face à un environnement commercial devenu plus incertain.
Sunuker News Desk
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