À New York, Diomaye Faye, Macron et Macky Sall : la candidature à l’ONU au cœur d’une séquence diplomatique hautement symbolique
La diplomatie sénégalaise a offert, mardi à New York, une image particulièrement symbolique : le président Bassirou Diomaye Faye, son prédécesseur Macky Sall et le président français Emmanuel Macron réunis dans le cadre de la séquence diplomatique de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Une configuration qui, au-delà de la photographie, renvoie à plusieurs enjeux : les relations entre Dakar et Paris, les grands dossiers internationaux et surtout la bataille diplomatique autour de la succession d’António Guterres à la tête de l’ONU.
Selon la Présidence sénégalaise, Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron se sont entretenus au siège des Nations unies. Les deux dirigeants ont passé en revue l’état du partenariat entre le Sénégal et la France et les perspectives de son approfondissement. Ils ont également échangé sur la situation internationale, notamment les questions de paix et de sécurité, tout en réaffirmant leur attachement à la Charte des Nations unies et au règlement pacifique des différends. La succession du secrétaire général de l’ONU figurait également au menu.
La présence de Macky Sall donne évidemment une dimension supplémentaire à cette rencontre. L’ancien président sénégalais est officiellement candidat au poste de secrétaire général des Nations unies. Son dossier a été enregistré dans le cadre du processus de succession d’António Guterres, dont le mandat arrive à son terme à la fin de 2026. La vision présentée par Macky Sall met notamment l’accent sur la réforme du multilatéralisme, la paix, la sécurité, le développement et une représentation plus forte des intérêts des pays africains.
Surtout, contrairement à ce qui pouvait encore être présenté comme une hypothèse quelques mois plus tôt, Dakar a désormais officiellement choisi de soutenir cette candidature. Le 17 juillet 2026, Macky Sall avait été reçu au Palais de la République par Bassirou Diomaye Faye afin de lui présenter directement sa candidature et de solliciter l’appui du Sénégal. Quelques jours plus tard, le chef de l’État sénégalais a décidé d’accorder le soutien officiel de Dakar et a demandé au gouvernement et au réseau diplomatique de mobiliser leurs efforts auprès des États membres de l’ONU.
Cette décision avait marqué un tournant dans les relations entre les deux hommes. Depuis la passation de pouvoir d’avril 2024, leurs contacts publics avaient été limités. La rencontre de juillet avait ainsi été présentée par la Présidence comme un symbole de continuité de l’État et de permanence des institutions au-delà des alternances politiques.
À New York, cette proximité prend une autre dimension. Le dossier Macky Sall n’est plus seulement une démarche personnelle portée par un ancien chef d’État : il est désormais soutenu officiellement par le Sénégal. Dans ce contexte, toute discussion entre Dakar et une puissance membre permanente du Conseil de sécurité, comme la France, revêt naturellement une importance particulière.
Il convient toutefois de distinguer les faits établis des interprétations. La Présidence sénégalaise confirme que la candidature au poste de secrétaire général de l’ONU a été évoquée entre Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron. Elle ne détaille pas publiquement la position française sur la candidature de Macky Sall ni la teneur exacte des échanges consacrés à ce dossier. Les informations disponibles permettent donc de constater que la question était à l’agenda, sans permettre d’attribuer à Paris un engagement précis qui n’aurait pas été officiellement annoncé.
La configuration new-yorkaise n’en reste pas moins remarquable. Deux présidents sénégalais appartenant à deux séquences politiques différentes se retrouvent au cœur d’une même séquence internationale, autour d’un enjeu qui dépasse les rivalités nationales : la succession à la tête de l’Organisation des Nations unies.
Elle intervient également à un moment où la compétition pour le poste s’intensifie. Un scrutin informel du Conseil de sécurité organisé le 18 septembre 2026 a placé la Costaricienne Rebeca Grynspan légèrement en tête devant l’ambassadrice de Guyana, Carolyn Rodrigues-Birkett, selon Reuters. Plusieurs candidatures restent en lice et la décision finale dépendra notamment des négociations au Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto.
Pour Macky Sall, l’enjeu est donc considérable. Pour Dakar, le choix de soutenir officiellement son ancien président transforme également la campagne en instrument de diplomatie sénégalaise. Le gouvernement doit désormais défendre cette candidature auprès des États membres, alors que le continent africain cherche traditionnellement à obtenir une représentation plus importante dans les institutions internationales.
C’est dans cette perspective qu’Alioune Tine a estimé que la candidature de Macky Sall pouvait contribuer à renforcer la voix de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. Cette appréciation relève toutefois d’une lecture politique de la candidature et non d’une garantie quant à son issue.
La séquence de New York apparaît ainsi moins comme une simple photographie entre trois personnalités que comme le reflet d’un moment diplomatique particulier. Bassirou Diomaye Faye représente le Sénégal en exercice, Macky Sall porte une candidature internationale désormais officiellement soutenue par Dakar, tandis qu’Emmanuel Macron représente l’une des cinq puissances permanentes du Conseil de sécurité. Trois figures réunies autour de dossiers qui dépassent largement les frontières sénégalaises.
Au-delà des sourires et des poignées de main, la véritable bataille se joue désormais dans les consultations diplomatiques, les rapports de force au Conseil de sécurité et la capacité de chaque candidat à réunir les soutiens nécessaires. Pour le Sénégal, cette séquence offre surtout l’occasion de porter une candidature nationale sur le terrain du multilatéralisme, tout en maintenant ses relations avec les différents partenaires internationaux.
Ndiawar Diop
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