LEMONDE
La « marche du drapeau » organisée mardi par des groupes juifs radicaux s’est tenue à l’écart de la Vieille Ville musulmane.
A l’heure des comptes, la « marche du drapeau », mardi 15 juin à Jérusalem, est un test réussi pour le nouveau gouvernement israélien. Peu de heurts, pas de débords : la police a tenu en rangs serrés les groupes d’extrême droite qui souhaitaient défiler dans la Vieille Ville palestinienne, après l’annulation de cet événement, le 10 mai, vécu par eux comme une humiliation.
Ce bégaiement d’une fête nationale israélienne, qui célèbre depuis 1968 la conquête de la part arabe de la ville l’année précédente, fut un rappel frustrant pour ses organisateurs. S’il faut des semaines de débat, un déploiement policier massif, l’implication en coulisses de l’Egypte auprès des Palestiniens pour que quelque 5 000 juifs défilent dans leur capitale, c’est bien la preuve que celle-ci demeure divisée.
Pour le gouvernement de Naftali Bennett, qui a pris ses fonctions dimanche, il s’agissait avant tout de briser le statut revendiqué par le Hamas de protecteur de Jérusalem. Le mouvement islamiste se l’était arrogé le 10 mai, en tirant une salve de roquettes sur la Ville sainte depuis la bande de Gaza, déclenchant une guerre de onze jours.
Le Hamas a beaucoup gagné en popularité par ce geste, qui répondait à une répression policière massive sur l’esplanade des Mosquées (le mont du Temple pour les juifs), durant le mois saint de ramadan. Mardi, des ballons incendiaires lâchés depuis l’enclave ont provoqué une vingtaine de feux dans le sud d’Israël, suscitant des frappes aériennes contre des positions des factions dans la bande de Gaza.
Naftali Bennett, le « menteur »
A Jérusalem-Ouest, hommes et femmes s’étaient massés en fin de journée rue Haneviim, chacun à un bout du cortège. Le jour férié, institué le 10 mai 1998, est passé. La plupart des écoles religieuses sionistes qui dépêchent d’ordinaire le gros des manifestants, des quatre coins du pays, ont gardé les jeunes gens dans leurs murs.
Des parlementaires et des dirigeants de groupuscules extrémistes ouvrent la marche, suivis de très jeunes gens portant les tee-shirts d’écoles et d’académies de préparation au service militaire des colonies de Shomron, d’Hébron. Certains brandissent des affiches dénonçant le premier ministre, Naftali Bennett, le « menteur », issu de la droite religieuse et coupable à leurs yeux d’avoir trahi son camp, en précipitant la chute de Benyamin Nétanyahou.
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Près de la porte de Damas, des employés arabes d’une compagnie de bus crachent sur la foule, puis se réfugient dans une guérite sous protection policière, cernés par une centaine de jeunes gens. Le gros des manifestants, eux, butent déjà sur le mur de la Vieille Ville. « Qui aurait imaginé, il y a six mois, que la plus ancienne entrée de la Vieille Ville serait érigée en verrou ? », s’étonne l’historien Vincent Lemire. Un jour normal, des familles juives et arabes passent indifféremment par cette porte, le principal chemin vers l’esplanade des Mosquées depuis la ville arabe moderne, comme vers le mur des Lamentations pour les ultraorthodoxes du quartier voisin de Mea Shearim.
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