Condamnée pour avoir aidé un migrant : « je suis coupable d’humanisme »

Béatrice Huret qui avait aidé son amant iranien à traverser la Manche pour atteindre l’Angleterre a été reconnue coupable par le Tribunal de Boulogne-sur-mer mais dispensée de peine. Mercredi 28 juin, le parquet a fait appel de la décision. Elle livre ses premières impressions à InfoMigrants.

Nul n’aurait pu prédire que Béatrice Huret, veuve d’un policier et sympathisant du Front national, allait tomber follement amoureuse de Mokhtar, un migrant iranien de 36 ans, rencontré en février 2016 dans la « jungle » de Calais. Un soir de juin 2016, la Calaisienne de 43 ans l’aide à atteindre l’Angleterre à bord d’un canot pneumatique acheté sur le site de vente en ligne Le Bon Coin.

Placée sous contrôle judiciaire, fichée « S » pour « aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d’un étranger en France en bande organisée », Béatrice est reconnue coupable le mardi 27 juin par le tribunal de Boulogne-sur-mer mais dispensée de peine. Le lendemain, le parquet fait appel de la décision.

  • Comment avez-vous réagi au verdict du tribunal ?

Je me doutais que je serais condamnée mais j’ai été surprise d’être exemptée de peine. Je me suis dit que l’aspect humain avait prévalu malgré tout : le Président de la cour a compris pourquoi j’ai aidé mon compagnon a traversé la Manche.

  • Le parquet a fait appel, qu’en pensez-vous ?

J’estime être coupable d’humanisme. L’appel du parquet ne m’étonne pas, je m’y attendais. Avec tout ce qu’il se passe en France, avec entre autre Cédric Herrou (NDLR : l’agriculteur de la Roya condamné pour avoir aidé des migrants à la frontière italo-française), je savais qu’ils n’allaient pas en rester là. C’est aussi une manière de faire de moi un exemple.

Je pense que la condamnation en appel sera plus lourde mais je trouverais ça illogique d’être reconnue coupable et d’avoir une peine alors qu’en première instance on m’a exemptée. Ce serait comme s’ils estimaient avoir fait une erreur.

  • Comment a réagi Mokhtar ?

Malgré tout ce qu’il se passe, je suis encore avec lui. Lors des suspensions de séances, je l’appelais pour lui raconter. Quand je lui ai annoncé le verdict à la sortie du tribunal, il s’est effondré en larmes. C’était des larmes de joie. Il était soulagé car il se sent coupable. Je tente de le déculpabiliser mais rien n’y fait. Il estime que c’est de sa faute. Mais avec l’appel du tribunal, tout est à recommencer. Mokhtar et moi avons été très déçus.

  • Comment s’est passée votre rencontre ?

Un soir en sortant de mon travail, j’ai croisé un gamin qui faisait du stop pour retourner dans la « jungle » de Calais. Je ne sais pas pourquoi je me suis arrêtée ce jour-là, peut-être son sourire et son bonjour si sympathique. Ce moment a été pour moi un élément déclencheur.

Quelques jours plus tard, je suis retournée dans le camp, ça a été le choc total. Une vraie révolution dans ma tête. Voir ces gens vivre à même le sol, le camp rempli de boue, une mère avec son bébé dans les bras par terre… Je me suis demandée comment des gens pouvaient vivre de cette façon en France.

Ce jour-là, j’ai rencontré ces migrants iraniens qui s’étaient cousus la bouche pour protester contre leurs conditions de vie. Parmi eux, Mokhtar était là, adossé contre le mur. Le coup de foudre a été immédiat. Quand nos regards se croisaient, je détournais les yeux. Je me suis alors dit « que se passe-t-il ? »

  • Quelle a été la suite de votre histoire ?

Après cette première rencontre, j’y suis retournée tous les jours pour apporter des jus de fruits. Et puis un matin, j’ai appris que le groupe d’Iraniens était parti. Un mois plus tard, j’ai vu sur les réseaux sociaux qu’ils s’étaient fait berner par un passeur et qu’ils étaient en Espagne. Certains d’entre eux ont finalement réussi à revenir à Calais. Un habitant les logeait chez lui mais avait besoin d’aide pour que quelqu’un prenne la relève. J’ai toqué à sa porte et j’ai découvert que Mokhtar faisait partie du groupe. C’est ce jour-là que j’ai su comment il s’appelait. Il n’avait plus la bouche cousue et souriait en permanence. Il semblait si heureux de me voir. J’ai su après qu’il avait demandé mon numéro à une amie qui avait refusé de lui donner.

Je l’ai donc accueilli pendant un mois chez moi avec un de ses compatriotes. Il m’a installé Google Translate sur mon téléphone pour qu’on puisse discuter car mon anglais était vraiment très mauvais.

Un matin, il m’a demandé de fermer les yeux. Ça a été notre premier baiser.

  • Il a finalement décidé de prendre la mer pour atteindre l’Angleterre, avez-vous essayé de l’en dissuader ?

Je n’ai jamais tenté de le convaincre de rester en France. Il a parcouru tant de kilomètres pour atteindre l’Angleterre, c’était son but initial. Je ne voulais pas être celle qui briserait ses rêves. Par contre, ce que je ne voulais pas c’était qu’il prenne un bateau. J’avais trop peur, je trouvais cela trop dangereux. Même le soir où il est parti, j’ai essayé de l’en dissuader.

  • Pourtant vous lui avez acheté le bateau vous-même. Referiez-vous la même chose aujourd’hui ?

Je ne sais pas si je le referais. Ma vie a été complètement chamboulée par cette histoire. Les conséquences sont si lourdes que je me poserais la question plusieurs fois. Pour moi, le fait qu’il arrive à atteindre l’Angleterre relève du miracle.

  • Comment envisagez-vous votre avenir ensemble ?

Je vais le voir toutes les deux semaines en Angleterre où il a obtenu le statut de réfugié. Mais on ne parle pas d’avenir, on a trop peur d’être déçus. Notre rencontre est le fruit du destin, c’est si improbable qu’on vit au jour le jour, on laisse faire les choses et on verra bien.

Ce qui est sûr c’est qu’on s’aime encore plus, la distance renforce les liens. Plus ça va, plus nos sentiments sont fort.

Le livre de Béatrice Huret, « Calais mon amour » est sorti le 3 mai 2017 aux éditions Kero.

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