Enquête sur la vie du maire de la Medina : Les secrets jamais dévoilés sur Bamba Fall

Bamba Fall, 45 ans, le maire de la Médina «exilé» à Rebeuss lundi dernier, a nié les drames de sa vie, pour exister dans l’arène politique. Il a très tôt trimé pour se tailler une place au soleil. Cheikh Ahmadou Bamba Fall a plusieurs vies. Tour à tour, il a été enseignant, Modou-Modou à Milan en Italie, et très tôt, a tapé dans l’œil du défunt baobab socialiste de la Médina, Ameth Diène qui l’a pris sous son aile protectrice. D’où vient cet homme bourru au langage parfois cru commun aux gens de la terre ? Comment a-t-il réussi à se faire adopter par les populations de la Médina ? Ses défauts prennent-ils le dessus sur ses qualités ?

L’Obs a traversé les dédales de la Médina, investi quelques ruelles serpentées de ce populeux quartier pour sortir le Vrai Bamba Fall.

Le drame personnel de Bamba Fall tient du caractère impitoyable du destin qui l’accable de périlleux crocs-en-jambe. Il n’a pas encore 9 ans, mais déjà orphelin de ses deux parents. Il n’a même pas eu le temps de leur dire au-revoir. C’est d’abord sa mère, Daro Mbaye, plus connue sous le nom de Ndiaya Mbaye, qui quitte ce bas monde sur la pointe des pieds. Bamba Fall, môme au caractère trempé, casse sa carapace, pleure toutes les larmes de son corps. Son père, Moustapha Fall, travailleur acharné à la défunte Société nationale des chemins de fer, ancien chef de gare à Saint-Louis, Thiès, Diourbel et autres patelins de l’intérieur du pays, est inconsolable. Dans ce coin de Saint-Louis où la grande famille de l’aïeul Mory Fall est chanté par les griots, célébré par les pique-assiettes, l’on s’organise pour confier à quelques proches la jeune famille de Moustapha Fall. Bamba Fall, né à Diourbel, quitte ce terroir du Baol. Il n’a pas dix ans, quand il arrive à Dakar, chez une de ses grandes sœurs de même père. Peu à peu, il relève la tête, peu à peu, il reprend goût à la vie, s’intègre merveilleusement dans sa nouvelle famille d’accueil. «C’était un garçon très poli, jamais pris à défaut pour un mauvais comportement. Un garçon très facile à vivre», raconte une de ses cousines. La vie de Bamba Fall ne ressemble pas souvent à ce qu’il raconte sur les plateaux-télés et autres studios-radios. C’est plus que ça.

Aujourd’hui, son séjour carcéral à Rebeuss va lui rappeler que rien ne lui a été offert. Il a dû sortir les tripes et arracher sa part du destin pour faire sa route. Lui a toujours fait preuve de caractère pour sortir des pièges inextricables du destin. De Bamba Fall, la chronique locale, sevrée de héros, retient son phrasé bourru, ses mots crus, ses vérités drues. Les paroles de Bamba Fall font bourdonner l’oreille. Ecouter le maire de la Médina débiter ses mots, marteler ses énoncés comme des blocs de pierres, extérioriser ses principes les plus enfouis, l’on se dit parfois qu’il en fait trop. Qu’il cherche le buzz. Comme il est courant de l’accuser dans certains cercles. L’on se dit aussi que l’homme de convictions ne transige jamais pour se ranger comme un béni-Oui-oui. Lui, gouaille généreuse, éternel hâbleur sans retenue ni tenue, préfère mourir avec ses idées, mais pas avec celles des autres. Sur les plateaux-télés, l’on devine la constance de ses convictions, ses blessures qui le poursuivent, ses démons qui ne le lâchent pas. Bamba Fall n’est pas le genre à rafistoler son passé, fut-il crasseux, pour en fuir les fantômes. Il assume Tout. Ses amitiés encombrantes, ses leaders désavoués par l’élite du Parti socialiste dont on dit qu’il pourrit par la tête, la colonne vertébrale se casse et qui a du mal à tenir sur ses deux jambes, miné par des guerres intestines qui sapent sa santé et annihilent sa cohésion. Bamba Fall, forcé à un exil à Rebeuss, a fait pleurer un quartier. La Médina ne s’en remet pas encore. Ses rues mal famées ressassent les images de ce car de police qui file avec empressement vers la célèbre prison dakaroise. Sous les yeux embués de supporters de Bamba Fall, des larmes qui coulent sur les joues, des cris qui fusent de la bouche édentée de certaines sexagénaires. Un jour, deux jours, puis trois de prison pour le très viril maire de la Médina. Mais qui est ce Bamba Fall qui charrie les foules de la Médina ? Par quel moule, il a été formaté pour tenir tête à tout le monde et s’opposer à la toute-puissance de Tanor Dieng ? Que peut-on retenir de son passé, à défaut de connaitre son avenir ? Qu’est-ce qui se cache derrière son caractère trempé ? L’homme ne masque-t-il pas des blessures de son passé difficile ? L’an 1978 tire à sa fin, 1979 pointe le bout de son nez. A Diourbel, où son père cheminot a servi pour la dernière fois. La famille Fall remballe ses bagages. Désormais, le seul chef, c’est l’aîné Bamba Fall. Huit ans et déjà, deux frères (El Hadj Mamadou Douss, Mame Cheikh) et une sœur (Mbayang) en charge. Une vie à faire. Des kilomètres à parcourir pour rejoindre la rue 29×22 de la Médina à Dakar.

Bamba fait le pitre au théâtre, devient Modou Modou

Cheikh Amadou Bamba Fall alias «Cheikhouna» étudie, joue au théâtre, participe à la vie associative de son Asc, touche à tout, fait montre d’une débrouillardise à nul pareil. Son cursus scolaire se passe sans encombre. «J’ai partagé avec Bamba, le cycle secondaire, à l’école de la Médina, mais il était un élève brillant. Il lui arrivait d’avoir de très bonnes notes, surtout en Français. Il a d’ailleurs obtenu son Dfem avec brio», plastronne son copain de classe, Moussa Faye. Bamba n’a pas l’ambition de faire de longues études. Les priorités familiales n’attendent pas. La dépense quotidienne non plus. Mais dans ce coin de la Médina où les ambitieux se croisent, Bamba marque un précieux point. A l’âge de 14 ans, il réussit un coup de maître pour son entrée en politique. Dans les coins de la Médina, l’anecdote est encore placardée dans certaines maisons. Ce jour-là de l’an 1986, les responsables socialistes tiennent leur réunion de section, en présence de l’inusable responsable Ameth Diène. Le môme Bamba arrive, tiré à quatre épingles, un pantalon noir, une chemise blanche, un nœud papillon, la tête bien coiffée. L’assistance écarquille les yeux devant ce jeune homme, dandy d’un jour sapé comme jamais. Après l’ordre du jour, Bamba Fall qui ne manque pas de cran, demande à prendre la parole. Ameth Diène lui demande d’où il sort et où il milite, pour exiger qu’on lui donne la parole. Alors Bamba lui répond de manière sèche et franche : «Je suis venu pour être membre du Parti socialiste. Parce que j’adhère à ce que vous faites et je veux y apporter ma part.» Il le dit d’un ton tant décidé et courageux qu’il gagne l’estime de Ameth Diène. Celui-ci va le prendre sous son aile jusqu’à sa mort. Bamba, déjà versé dans les activités culturelles de la Médina, notamment le théâtre, fait une entrée remarquée au Parti socialiste (Ps). Il n’en sortira jamais. Il ne lâchera jamais Ameth Diène, même si la grande tornade du Sopi balaie tout sur son passage. Bamba ne cède pas. Malgré l’ardent désir de changement des Sénégalais. En 1996, il devient le secrétaire élu de l’équipe municipale dirigée par Ameth Diène. Bamba s’accroche aux habits amidonnés de Ameth Diène, il ne le lâchera qu’à sa mort. Cette fois-ci encore le destin lui fait des crocs-en-jambe. Bamba pleure son père de substitution. Au domicile de la fille de Arame Diène, les photos de Serigne Babacar Sy ornent le salon, Adja Ngoné Ndiaye, une grande dame à la forme généreuse, reçoit dans le salon. Elle dit : «Bamba Fall ne se séparait jamais de Pa Ameth Diène qui le considérait comme son fils. Bamba lui a été toujours fidèle, c’est un homme connu pour sa dignité et ses convictions. Il a été marqué par le décès de Pa Ameth Diène, pendant 20 jours, Bamba mangeait à la maison, il ne voulait pas quitter, parce qu’il recevait les condoléances des gens qui venaient de partout. On a été obligé de lui dire de s’en aller. Et il est très reconnaissant, car il n’a pas oublié. Ça n’a pas été étonnant de voir le monde venu lui témoigner solidarité et assistance au tribunal.» Au Parti socialiste, il gravit les échelons à la vitesse V. Pêle-mêle, il est responsable jeune de la Coordination de la Médina, ensuite responsable de la Coordination de la Médina, secrétaire politique du département de Dakar, membre du Comité central, membre du Bureau politique du Parti socialiste, 4e adjoint au Maire chargé de l’administration et des finances du temps de Me Birame Sassoum Sy, le défunt maire. N’en jetez plus. Mais la consécration viendra après le décès du maire Me Birame Sassoum Sy, le 19 février 2014. Après moult remous et conciliabules, Bamba hérite du titre gratiné de Premier magistrat de la commune de la Médina.

Mais les titres ne sont rien sans le partage, sans le désir d’aider sa fratrie à sortir des difficultés. Bamba, selon les témoignages, ne peut vivre sans ses frères et sœur. Le ciment de sa vie, c’est sa famille. Dans la salle de conférence de la mairie de la Medina que les néons blafards ont du mal à éclairer, Mamadou Douss Fall, petit frère du maire, accueille avec la sérénité d’un seigneur et la pondération d’un guerrier samouraï. Il ne place pas un mot plus haut que l’autre. «Très tôt, Bamba a pensé qu’il était notre père et mère à la fois. Il ne voulait et ne veut pas que ses frères et sœur ne manquent de quoi que ce soit. Et cela, il a accompli à merveille et continue encore de s’occuper de nous», témoigne-t-il. C’est pourquoi Cheikh Ahmadou Bamba Fall a succombé aux sirènes dorées de l’Italie. Il a été de tous les combats dans la Botte où il était connu de la grande famille des Modou-Modou. Mais à défaut de papiers, il faisait souvent des va-et-vient. Mais trois ans après, quand il a eu des papiers en bonne et due forme, il n’a pas hésité à s’installer à Milan. Où il avait réussi une saine collaboration avec le banquier du nom de Aly Ngouille Ndiaye. L’actuel ministre de l’Industrie et des mines qui travaillait à la Banque de l’Habitat du Sénégal (Bhs) lui facilitait la construction de logements à Thiaroye Azur. Bamba a très vite flairé le filon et construisait des maisons pour des émigrés et en retour, les cédait aux propriétaires qui prenaient le temps de lui payer. «Il lui arrivait de se sucrer sur le dos des émigrés», accuse-t-on. Mais, ce n’est que de la méchanceté gratuite pour les proches de Bamba. Puisque l’actuel maire n’a jamais fumé de cigarette de sa vie, n’a jamais bu une seule goutte d’alcool et n’a jamais été convoqué par la police…Si ce n’est pour cette affaire devenue célèbre du Parti socialiste. Les yeux embués de larmes, son petit frère, El Hadj Mamadou Douss Fall qui a les mêmes traits physiques que son grand frère, raconte comment Bamba Fall est capable de s’oublier pour les autres. «Alors qu’il bénéficiait d’un retour de parquet dimanche, Bamba m’a fait appeler pour me dire qu’il n’a pas oublié de payer la location de mon appartement à 150 000 FCfa, il m’a mis en rapport avec une personne qui devait me remettre cette somme. Le lundi au tribunal, alors que ses autres camarades sont déférés, il a également demandé à son chauffeur si j’ai reçu la somme pour payer la location. Et à Rebeuss, son grand regret, c’est de ne pas voir les gens qu’il avait l’habitude d’aider au quotidien, son cas ne le préoccupe même pas. Il a fait faire une liste pour qu’il continue d’aider tous les gens qu’il avait l’habitude d’aider», certifie son petit frère. Ce témoignage revient comme une ritournelle dans les rues escarpées et ruelles serpentées de la Médina.

Il éduque ses enfants à la dure

Bamba est un matraqué du destin. Mais, ce garçon entêté et culotté est un symbole chantant du non-renoncement. On dit de Bamba qu’il est épris de son épouse, Ndèye Awa Diallo qui lui a donné quatre enfants. A qui Bamba s’évertue à donner les vertus d’une éducation à la dure. Son petit frère, Mamadou Douss Fall : «Il a un parc de quatre véhicules, mais il exige à ses enfants de marcher, comme tous les autres du quartier, pour aller à l’école.» Bamba ne manque pas de détracteurs et certains ne manquent de tirer sur son management à la tête de la mairie et de lui sortir des cafards du placard. «Les problèmes les plus importants à la Médina sont d’ordre économique, d’assainissement et social. Faute de résultats, il fait et fera des promesses encore et toujours et multipliera les boucs émissaires, en cas de non-résultats», tacle un de ses pourfendeurs. N’empêche, la Médina a foi en son maire. Et c’est comme si la prison avait fini par le rendre plus célèbre encore. Puisque les gens se bousculent au portillon pour aller lui rendre visite à Rebeuss.

Dans la vraie vie, Bamba Fall a horreur de l’injustice, du mensonge, des traitres…il aime écouter les chansons d’amour de Youssou Ndour, adore manger du riz au poisson blanc avec tous les condiments salés qui vont avec…En fin gourmet, ses plats vont sûrement lui manquer à Rebeuss. Ou presque. Il a un défaut caché, c’est une bête de travail qui ne tolère pas que les gens fignolent. Il lui arrive de s’emporter pour un rien, mais revient très vite de ses colères. Bamba, dans la solitude de sa cellule, risque de ressasser les images de deuil qui ont escorté sa vie. Et il aura toujours le temps de dire qu’il n’y a pas eu mort d’homme pour l’affaire qui lui vaut son séjour carcéral.

MOR TALLA GAYE 

Encadré «Bamba a été baptisé à Touba…on l’appelait Cheikhouna»

L’on dit de Bamba qu’il ne rate aucune prière et qu’il tient aux préceptes de la religion comme à la prunelle de ses yeux. Son frère, El Hadj Mamadou Douss Fall, raconte qu’à son baptême, on l’a enveloppé lourdement et il a quitté Diourbel pour recevoir les bénédictions du Cheikh Abdoul Khadre Mbacké, quatrième khalife de Cheikh Amadou Bamba qui lui a donné le nom de son père. Après avoir longtemps formulé à son endroit des prières, Sokhna Astou Gawane, une autre fille de Serigne Touba, a également prié pour lui. Jusqu’à une période récente, les gens qui connaissaient Bamba Fall ne l’apostrophaient que sous le nom de Cheikhouna. Bamba, selon le témoignage de ses proches, ne se contente pas de se réclamer mouride, il le vit à fond. Son petit frère : «A chaque Magal, Bamba dépense sans compter pour permettre aux gens de rallier Touba. Il se croit investi d’une mission pour son homonyme.» A la mairie de la Médina, malgré l’absence forcée du maire, c’est le train-train quotidien. La vie continue…sans Bamba.

M.T.GAYE

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