Les personnalités qui ont marqué l’actualité économique africaine en 2015

mohammed-vi11 hommes et 3 femmes, la parité n’est pas au rendez-vous, mais qu’ils soient financiers, industriels, responsables publics, roi ou médecin… ces personnalités ont marqué à leur manière l’actualité économique africaine en 2015. Portraits.

Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement

Eric Piermont/AFP

Akinwumi Adesina  a été élu en mai 2015 à la tête de l’institution panafricaine multilatérale. L’ancien ministre de l’agriculture nigérian, un des artisans de la renaissance du secteur agricole de son pays en est convaincu, la transformation économique du continent passera par l’agriculture et l’agroalimentaire. Aussi, dès octobre, a-t-il fait organiser à Dakar une conférence de haut niveau sur ces deux problématiques, à l’occasion de laquelle le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) a annoncé son intention d’allouer 867 milliards de F CFA (1,32 milliard d’euros) aux petits producteurs africains alors que la BAD, elle, s’engageait sous l’impulsion d’Akinwumi Adesina, à mobiliser 3 milliards de dollars US en faveur des femmes productrices. Au-delà des promesses de financements nouveaux, le Nigérian devra s’attaquer entre autres à la maîtrise des coûts de fonctionnement de la banque panafricaine ainsi qu’à un meilleur ciblage de l’aide.

Ade Ayeyemi prend les commandes du groupe Ecobank

Eco_Ade Ayeyemi_cEcobank

Spécialiste de la banque d’entreprise ayant fait ses armes à Citigroup Afrique, le Nigérian de 52 ans a été désigné directeur général d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI), le 8 juin.

Ade Ayeyemi arrive au lendemain des turbulences rencontrées par le groupe bancaire après le limogeage de Thierry Tanoh (voir plus bas). Le directeur général d’Ecobank s’est donné une feuille de route qui inclut la centralisation des produits et des processus, la segmentation de la clientèle en trois compartiments : le consommateur [la banque de détail], le commerce [la trésorerie] et les entreprises [la banque de grandes entreprises et d’investissement] ainsi que le maintien de l’expansion de la banque.

Ambitieux, Ade Ayeyemi se fixe pour objectif de transformer la banque panafricaine en une institution financière de classe mondiale. Pas moins.

Héla Cheikhrouhou : elle donne forme au Fonds vert

Hela_Cheikhrouhou_cGCFund

Né en 2009 au sommet de Copenhague, le fonds vert pour le climat entendait financer, avec l’argent des pays riches, la lutte des plus pauvres contre le changement climatique. Or, jusqu’à l’hiver 2014, lorsque les États développés se sont engagés à lui verser quelque 10 milliards de dollars pour 2015, il faisait plutôt office de coquille vide, faute d’une structure juridique et de financements.

Pour cette première année d’activité réelle, la lourde responsabilité de transformer l’essai est revenue à Héla Cheikhrouhou, la Tunisienne qui avait été nommée à la direction du fonds à l’été 2013 pour une durée de trois ans.

Diplômée de HEC Montréal, l’ancienne trader chez Citibank à Tunis puis directrice du Département énergie, environnement et changement climatique à la Banque africaine de développement (BAD) militait pour qu’une quote-part très significative du fonds aillent aux pays africains et aux États insulaires, particulièrement touchés par les conséquences du réchauffement climatique. Premiers résultats à la fin 2015 : 168 millions de dollars de financement pour une première série de 8 projets, dont trois sont trois africains. De quoi parler d’un succès de l’ambition africaine de Cheikhrouhou pour le Fonds vert et y voir la promesse de sa réélection en 2016 ?

Alan Clark, DG de SABMiller, au coeur de la mégafusion avec AB Inbev

La deuxième année d’Alan Clark à la tête de Sab Miller a été intense. Après d’intenses rumeurs et d’importantes négociations, la méga-fusion avec son grand concurrent AB Inbev (ils sont respectivement 2e et 1er du marché mondial de la bière) a été officiellement lancée en fin d’année.

Une étape importante pour ce Sud-Africain de 55 ans, qui a succédé en 2013 à Graham Mackay, leader historique du groupe décédé brutalement. Avant cela, il avait occupé les postes de directeur Europe, à partir de 2003, puis de directeur des opérations. Une ascension rapide pour celui qui avait commencé sa carrière en montant un cabinet… de psychologie.

Ali Haddad, le patron des patrons, joue l’ouverture

Anis/New press

Depuis son élection à la tête du Forum des chefs d’entreprises (FCE) de l’Algérie en novembre 2014, Ali Haddad, le patron du puissant groupe de construction ETRHB a tourneboulé l’organisation patronale, jusqu’à alors relativement paisible.

Les propositions formulées dans les nombreux rapports de 28 commissions thématiques qu’il a mises sur pied commencent à être reprises par l’État dans sa volonté de réduire les dépenses et diversifier l’économie. Ainsi du ciblage des subventions qui a été adopté par la loi de finances 2016 et des mesures de relance de l’industrie (création de grandes zones industrielles à l’est du pays).

Mais la frénésie ne s’arrête pas là. En appui à la campagne « Consommons algérien », le FCE a aussi lancé début novembre le label « Origine Algérie garantie ». Un programme d’expansion est également en cours, avec l’ouverture de bureaux régionaux et internationaux. Côté recrutements, une baisse significative du prix d’adhésion a permis de tripler le nombre de membres. Alors que les entrepreneurs de moins de 40 ans sont dorénavant rassemblés au sein de l’antenne Jil’FCE. Celle-ci travaille notamment au développement des entreprises innovantes grâce à un fonds d’investissement qui sera mis en œuvre début 2016 et ambitionne de lever un capital initial d’un milliard de dinars (8,7 millions d’euros).

Abdellah Lahlou-Filali démocratise les soins contre l’hépatite au Maroc

Abdallah Lahlou Filali

Sa société Pharma 5 a marqué le marché pharmaceutique africain en 2015. En annonçant la fabrication d’une version générique marocaine du médicament contre l’hépatite C, elle a court-circuité le Sofosbuvir, la molécule miracle que l’américain Gealdia voulait vendre au prix fort dans le royaume chérifien.

Le traitement proposé par l’entreprise marocaine, le SSB 400, ne devait coûter que 9 000 dirhams (832 euros) quand le recours à la molécule américaine vaut selon les pays entre 450 000 et 800 000 dirhams.

Le traitement proposé par Pharma 5 est disponible depuis le 10 décembre. Sa fabrication s’effectue dans une nouvelle unité de la pharmaceutique de Lahlou Filali qui a investi 7,85 millions d’euros. Dotée d’une capacité de production de 50 000 boîtes par jour, elle devrait permettre de rendre accessible le soin contre l’hépatite C aux 650 000 Marocains qui en souffrent.

Mohammed VI, VRP royal

Kia Sambou/AFP

Il est depuis des années, le meilleur VRP de son royaume sur le continent, et plus particulièrement, dans sa partie subsaharienne.

Lors de son dernier périple ouest-africain (Sénégal, Côte d’Ivoire) et au Gabon en mai-juin dernier – le 6e en quinze ans de règne -, il était accompagné d’une cinquantaine d’hommes d’affaires. À l’arrivée, le Maroc a réussi à décrocher, dans les différents pays visités, des dizaines de contrats dans des secteurs variés  (finance, immobilier, BTP, agriculture, énergie, tourisme…).

Par exemple, la Caisse des dépôts et consignation sénégalaise et son pendant marocain ont signé un mémorandum d’entente pour  réaliser les études de faisabilité de la future Cité des affaires de la capitale, alors que la Riad Motors Holding a remporté le marché de renouvellement du parc local de 800 camions.

En Côte d’Ivoire, la baie de Cocody à Abidjan sera aménagée grâce à des investissements de 137 milliards de F CFA (209 millions d’euros), pilotés par un comité mixte ivoiro-marocain.

Seyni Nafo, porte-parole du groupe africain à la COP21

“Un diplomate environnemental”, c’est ainsi que Seyni Nafo se définit.

À 34 ans, ce Malien était la voix de l’Afrique lors de la Conférence des Nations Unies (COP) sur le climat qui s’est tenue à Paris début décembre. Son parcours est atypique : fils d’un banquier, il débute – après des études en France – une carrière dans la finance aux États-Unis puis au Canada. Doué pour les négociations, il choisit finalement de s’engager pour le climat et contre le réchauffement climatique, qui touche durement son pays. Sous son autorité, le groupe Afrique est parvenu à obtenir d’importantes avancées, notamment en matière de développement des énergies renouvelables sur le continent.

Nunu Ntshingila, à la tête du premier bureau Afrique de Facebook

Facebook

Née à Soweto en 1964, la Sud-Africaine a été nommée à la tête du bureau de Facebook à Johannesburg en juin. Diplômée de l’Université du Swaziland et de Morgan State University à Baltimore, aux États-Unis, elle a passé l’essentiel de sa carrière au sein de l’agence de communication Ogilvy & Mather. Avant de rejoindre Facebook, elle était présidente d’Ogilvy South Africa, en charge des activités en Afrique subsaharienne.

À la tête du bureau sud-africain du réseau fondé par Mark Zuckerberg, Nunu Ntshingila devra accélérer le développement du réseau social sur le continent. Selon ses estimations, Facebook compte 120 millions d’utilisateurs actifs en Afrique, pour 1,44 milliard d’utilisateurs à travers le monde.

Parmi les pays africains où Facebook devrait particulièrement mettre l’accent figurent le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Le groupe américain compte ensuite poursuivre son développement au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Tanzanie, au Rwanda, en Ouganda, en Zambie, au Mozambique et en Éthiopie.

Issad Rebrab, fondateur du groupe Cevital, consacré meilleur dirigeant africain

© Jacques Torregano/The CEO Forum/JA.

Le magnat algérien Issad Rebrab, PDG du géant agro-alimentaire Cevital, premier groupe privé en Algérie, a été distingué du titre de dirigeant africain de l’année lors du Africa CEO Forum tenu en mars à Genève.

À l’étroit en Algérie où ses projets tardent à se réaliser en raison de blocages administratifs et politiques, il s’est lancé à la conquête du marché européen acquérant en deux ans Oxxo, FagorBrandt et les aciéries Lucchini. La violente dispute avec le ministre de l’industrie, Abdeslam Bouchouareb, qui a éclaté fin septembre, illustre bien les difficultés de Cevital avec le gouvernement.

Accusé de fraude par le ministre, Issad Rebrab a menacé de porter plainte en fustigeant les dirigeants depuis le Brésil, avant de rentrer en Algérie catimini. À 71 ans, ce self-made-man originaire de la Kabylie est à la tête d’une fortune estimée à 3,2 milliards d’euros.

Jean Gustave Sanon, ministre de l’Économie et caution des bailleurs au Burkina

 SOPHIE GARCIA POUR J.A.

Peu connu du grand public jusqu’à sa nomination en novembre 2014 au portefeuille de l’économie et des finances dans le gouvernement de Transition burkinabè, mis en place après la chute de Blaise Compaoré, Jean Gustave Sanon, 56 ans, aura réussi le pari de regagner la confiance des partenaires extérieurs et à tenir la dette de l’État, malgré le putsch manqué de début septembre qui a pesé sur les finances nationales.

Représentant résident de l’Uemoa à Lomé jusqu’en 2014, cet ancien du Trésor public burkinabè maîtrise parfaitement les rouages de la finance africaine pour avoir été pendant sept ans conseiller résident en gestion des finances publiques pour le Fonds monétaire international, d’abord auprès du Centre régional d’assistance technique pour l’Afrique centrale, basé à Libreville au Gabon (2007-2010), puis au Centre régional ouest-africain, sis à Abidjan en Côte d’Ivoire (2010-2013).

Autre point fort à son actif, il a engagé le nouveau cycle de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (2016-2020), censé tacler les problèmes structurels de l’économie burkinabè. Le grand argentier passera sans doute la main à la faveur du nouveau gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré, dont l’investiture à la présidence du pays est attendue le 29 décembre.

Isabel dos Santos dompte la place financière de Lisbonne

Wikipedia Commons

Isabel dos Santos est aujourd’hui en mesure de dompter la Place financière de Lisbonne. En novembre 2014, elle a tenté, sans succès, de casser la cession de Portugal Telecom au néerlandais Altice, en proposant 1,2 milliard d’euros. Puis en mars 2015, elle a bloqué le projet de rachat de Banco BPI, dont elle est le deuxième actionnaire, par l’espagnol Caixabank. Avant de mettre la main, en juin, sur le producteur d’équipements électriques portugais Efacec Power Solutions, pour 200 millions d’euros.

Désormais présente dans l’énergie, les télécoms et la finance, Isabel dos Santosjette son dévolu sur la grande distribution, un secteur dans lequel elle compte investir 230 millions d’euros d’ici à 2020.

Thierry Tanoh, l’art du rebond

Bruno Lévy pour J.A.

Débarqué de la direction générale du groupe Ecobank en mars 2014, Thierry Tanoh a accumulé durant l’année 2015 les victoires devant le groupe bancaire panafricain. Thierry Tanoh a obtenu depuis la condamnation de son ex-employeur (conjointement avec son actionnaire sud-africain PIC et Daniel Matjila, responsable des investissements de PIC) à lui verser 7,5 milliards de F CFA (11,4 millions d’euros) pour « diffamation, atteinte à la réputation, à la crédibilité et à l’honneur »devant le tribunal de commerce d’Abidjan en janvier 2015.

Le mois suivant, le tribunal du travail de Lomé (siège d’Ecobank) a condamné le groupe panafricain à lui verser 5,77 milliards de F CFA (8,7 millions d’euros) pour licenciement abusif. S’appuyant sur une clause du contrat de travail de Thierry Tanoh, la banque panafricaine a entamé une procédure d’arbitrage internationale, toujours en cours selon nos informations. Parallèlement, elle avait obtenu en avril devant la justice britannique une injonction intérimaire suspendant l’exécution des condamnations ivoiriennes et togolaises. Cette suspension a été levée en juillet et sa non-reconduction a été confirmée par la Cour d’appel de Londres le 17 décembre. Depuis ce verdict, les avocats du dirigeant ivoirien, secrétaire général adjoint de la présidence depuis septembre 2014, ont relancé la procédure de saisie des biens de la banque panafricaine en Côte d’Ivoire.

Lionel Zinsou : l’année de la mutation politique

Bruno Levy pour J.A.

Professeur d’économie,  associé-gérant de la banque d’affaires Rothschild et Cie de 1997 à 2008, avant de prendre la tête du géant européen du capital-investissement, PAI Partners, c’est peu dire que Lionel Zinsou est un pur produit de l’économie et de la Finance. Et pourtant, 2015 marque son entrée sur le devant de la scène politique béninoise.

Nommé Premier ministre à la surprise générale en juin, il a été adoubé comme candidat à la prochaine élection présidentielle de fin février 2016 par les Forces cauris pour un Benin émergent (FCBE), le parti de Boni Yayi qui achève son second et dernier mandat.

Né en France en 1954, neveu de l’ancien président du Bénin, Émile Derlin Zinsou, en place de 1968 jusqu’au putsch de décembre 1969, Lionel Zinsou est le chantre infatigable de la vitalité économique africaine et de son formidable potentiel de développement.

Sur la route de l’ancien conseiller spécial de Boni Yayi (2006 à 2011) se dresse cependant Patrice Talon, le richissime homme d’affaires béninois, de retour à Cotonou après trois ans d’exil en France. Leur match politique est annoncé.

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