Médina : Le coin des chacals rebaptisé par Maodo Malick Sy

Dakar PlateauQuartier populaire, situé à la périphérie du centre ville, Médina, un brin chic, est chanté et filmé depuis 100 ans par une génération d artistes. Repère des guides religieux du Sénégal, Médina entretient la légende de Dakar. Entre religion, cinéma, musique et cartes postales, la Médine de Dakar s accroche encore à son passé. Petit tour de quartier !

Un vieil homme, médinois jusqu au bout des babouches. La démarche chancelante, El Hadj Amadou Baro Diène, 77 ans, ex-employé municipal, a servi dans le cabinet des maires Samba Guèye, Ahmed Diène et Lamine Diack.

Les souvenirs se bousculent dans sa tête. Le vieil homme, témoin de ce lointain passé, retrace le parcours de cette vieille dame, centenaire depuis près d un an.

Dans le domicile familial sis aux environs du Marché Tilène, le vieux Baro Diène narre l histoire de ce quartier, dont les premiers habitants furent les lébous.

Déplacés à cause de la peste 

Le quartier voit le jour suite à l’arrêté n° 1467 du 19 Septembre 1914 signé par le Gouverneur William Ponty. Décision de l’autorité qui avait eu pour effet de déplacer une partie de la population autochtone du Plateau vers les environs immédiats du centre ville, pour des raisons médicales.

«La population de Médina s’est installée suite à un arrêté des autorités coloniales de l’époque qui entendaient créer un quartier ségrégationniste qui se limiterait à l’avenue Malick Sy à cause de la peste», raconte Baro Diène.

“Auparavant, nous habitions tous à Dakar Plateau. A l’emplacement de la Cathédrale, une partie de ma famille y logeait. Les blancs occupaient, alors, les environs du Palais de la République , se souvient le vieil homme.

Venues de Dakar, les ‘’Pinth’’ Ngaraf, Santhiaba, Mbackendeu, Gouye Salane, Gouye Mariama et Thieurign sont ainsi les premiers à s’installer dans cette localité. C’est après cela que les 12 autres qui étaient restés à Dakar sont venus les rejoindre.

«C’est vers l’Avenue Faidherbe X Lamine Guèye où s’étaient installés nos aïeuls. Ils ont déménagé suite à cet arrêté pour venir ainsi s’établir à la Médina”, raconte-t-il. Actuel président des travailleurs retraités de la ville de Dakar et membre formateur de l’Association des porteurs de pancartes, il se réjouit aujourd hui de cette mesure prise par l’autorité de l’époque.

«Ce qui a sauvé la Médina et qui fait qu’il n’y a pas beaucoup d’étrangers comme c’est le cas aujourd’hui avec les libano-syriens qui ont envahi Dakar Plateau. C’est que dans l arrêté en question, il était notifié l’interdiction formelle pour ces libano-syriens d’aménager dans la Médina.

Ils n’y étaient pas admis. Parce que si l’autorité leur avait laissé quartier libre, ils auraient pu acheter toutes les maisons, d’autant plus qu’ils avaient beaucoup de moyens financiers. C’est ce qui a permis l’authenticité de la Médina», dit-il.

Comment Tilène est devenu Médina ? 

Avec ses vieilles bâtisses, Médina, qui baigne aujourd hui entre tradition et modernité, doit son nom au guide spirituel de la confrérie tidiane, El Hadji Malick Sy. Cela, sur une demande des autorités coutumières et notables du quartier de l’époque. En effet, à la fin de l épidémie de peste, près de 300 habitants de la localité sont allés rendre visite à El Hadji Malick Sy.

Le saint homme formule des prières pour eux et change le nom de la localité. Autrefois appelée Tilène, du fait que lequartier était infesté de chacals, elle a été rebaptisée Médina par El Hadji Maodo Malick Sy, en référence à Médine d Arabie saoudite.

C’est à la Rue 11 X Blaise Diagne que Mame Maodo avait réuni les notables. C’est à l’emplacement actuel de la mosquée, à l’angle du Stade Iba Mar Diop (ex-camp des policiers), où Maodo Malick Sy a baptisé la Médina au nom de Médinatoul Mounawara. C’était vers les années 20. C’est par ailleurs ce qui fait la baraka de la Médina , explique le vieux Diène.

La cérémonie d inauguration s était déroulée en présence du gouverneur, de notables, du Grand Serigne et des imams de la ville. A l époque, Alfred Goux était le maire. Il précédait Lamine Guèye”, raconte le vieux.

Sous le magistère de ce dernier, les populations ont commencé à abandonner le nom de Tilène au profit de la Médina. S’ensuit, plus tard, la division de la localité en plusieurs arrondissements tels que Médina, Gueule Tapée, Grand-Dakar, entre autres.

Cité religieuse 

Avant d être un quartier vivant avec ses tares et vices, Médina a été un haut lieu de la vie religieuse. Toutes les grandes familles religieuses ont des domiciles dans la localité. D ailleurs, une des maisons de Serigne Abdou Aziz Sy se trouve à Tilène. Celle des descendants de Serigne Touba loge à la Rue 10. Les Layenes sont présents, à l’Avenue Blaise Diagne x Rue 23, mais aussi à Gouye Mariama. Tous les grands dignitaires religieux étaient présents dans la cité.

Les khadrs venaient en masse s’installer dans le quartier. A la rue 15, le domicile de Khalifa Ababacar Sy, côtoie celui de Thierno Mountaga Tall, la famille de Thierno Seydou Nourou Tall et celle de Thierno Madany, l’actuel khalife de la famille Omarienne. Autant de choses qui font le succès et la grâce de la Médina.

Comme le chante Youssou Ndour, si les enfants de la Médina ont pu se bâtir, c est grâce à leur abnégation au travail. La plupart d’entre eux cultivaient la terre. Si certains d entre eux tiraient l essentiel de leurs revenus dans la pêche, d autres s adonnaient à l’agriculture.

A l époque,Tilène logeait en grande partie des agriculteurs. L’actuel emplacement de la gare routière de Petersen est bâti d ailleurs sur d anciens champs et des vergers, qui s’étendaient à perte de vue. Il en est de même de l actuel site des beaux maraichers de Dakar.

Mais, il n y avait pas que cela. La politique aussi rythmait le cœur des Médinois. Lamine Guèye comptait de fidèles souteneurs dans les grandes familles de El Hadj Mbor Diagne, Bara Diop, Ibrahima Diop, Grand Serigne de Dakar.

Repère de stars 

Quartier cosmopolite, Médina est aujourd hui un véritable melting pot. Outre ses monuments religieux qui ont habité la cité, ses rues, ses bâtisses, tout regorge d histoire. C’est ce qui sans doute fait le charme de la localité centenaire. D’ailleurs, confie Amadou Baro Diène, beaucoup de localités ont des particularités semblables, mais celle de la Médina est spéciale .

El Hadj Alioune Diagne Mbor, le premier administrateur civil sénégalais, est un Médinois. Sur le plan politique, Adja Arame Diène a aussi fait ses preuves. Elle futune femme qui a appris les versets coraniques et grâce aux prières de ses parents et le sentiment qu’elle nourrissait à l’endroit de Khalifa Ababacar Sy, Dieu a voulu qu’elle soit durant 23 ans vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Elle a été députée pendant 4 mandats successifs. El Hadj Ahmed Diène a été le premier maire de la Médina. Des imams râtib, des personnalités politiques, coutumières, culturelles etc, ont vu le jour ici à la Médina», souligne l un des doyens de la commune.

La star planétaire Youssou Ndour est un fils de la Médina. Son père est l’un des notables de la localité qui assume aujourd’hui le rôle de chef de quartier”, fait-il savoir. Mais, «les domiciles des guides religieux ont donné plus de charme et de popularité à la Médina. Je ne dirais pas que la Médina est mieux que les autres localités, mais je puis dire, par contre, qu’aucune d’elles n’est mieux que la Médina», jure le vieux Diène.

Pourquoi Médina peine à décoller? 

Malgré sa longévité et ses fils réputés, Médina peine à décoller. Toutes les réformes qui ont été mises en place par les maires qui se sont succédé à la Médina ont toutes été avantageuses. On parlait à l’époque de l’arrondissement Samba Guèye à la Rue 6, c’était dans le cadre de la première réforme.

Avec l’arrivée des communes d’arrondissements, c’est El Hadj Ahmed Diène qui en fut le premier maire. Il a été successivement remplacé par le libéral Pape Diop, ensuite par feu Me Birame Sassoum Sy et aujourd’hui Bamba Fall.

La Médina a la chance d’avoir connu un lotissement. Toutes les routes sont goudronnées. La localité a été assainie. Mais les infrastructures ne sont aujourd’hui plus adéquates. Heureusement, il y a un projet pour reprendre la tuyauterie , explique l ex-agent municipal.

Et de poursuivre, je me rappelle, d’ailleurs, qu’à notre enfance, les tuyaux qui étaient utilisés pour les canalisations avaient des dimensions tellement grandes qu’il était possible de s y promener. Ils étaient très larges et allaient jusqu’à la mer.

Mais, il existe des vieux tuyaux dans les quartiers comme la Rue 31 et environ confrontés à des problèmes d’évacuation des eaux. Et si la Médina n’a pas connu un développement notoire au plan infrastructurel, c’est parce que la plupart des maisons appartiennent à plusieurs familles. Ce qui pose un problème de titres .

Quand Senghor voulait raser la Médina 

Il fut un moment, les lébous ont du tenir tête à Senghor pour éviter d être déplacés. L ancien président avait songé, en son temps, raser la Médina pour construire sur le site des Hlm, comme ce fut le cas avec Hlm Fass, Hlm Gueule Tapée. Mais ce sont les habitants qui ont refusé et se sont farouchement opposé. Senghor s’est plié alors à leur volonté. Auparavant, les rues étaient anonymes.

Mais aujourd’hui, avec l’arrivée des municipalités, toutes les rues portent des noms d’illustres fils du pays. C’est avec Samba Guèye, Ahmed Diène, entre autres, que les rues de la Médina ont été rebaptisées. Au total ce sont 41 rues qui ont été renommées.

«Le Marché Tilène a été créé depuis plusieurs décennies. A l’époque, il y avait dans la localité actuelle de la Médina un terrain vague. Sur le site actuel de la mairie se trouvait un commissariat de police occupé par les toubabs.

A l’époque de la guerre (39/45), il y avait des hauts parleurs qui y étaient montés lesquels permettaient de rendre public les résultats des affrontements», confie le vieux Diène.

La grande mosquée de Dakar construite sur un cimetière 

Sur les lieux où sont logés l’école Malick Sy et la Grande mosquée de Dakar, je me souviens que, très jeune, il nous arrivait de tomber sur des ossements humains. Ce sont sur ces lieux que nous avons appris à faire du vélo. C’est là où se trouvait le cimetière de Dakar , nous apprend ce notable de la Médina. C’est par la suite que le cimetière situé sur la Corniche dénommé Abattoirs a été ouvert avant d être refermé en 1974.

Nous avions des échos selon lesquels des promoteurs voulaient construire un hôtel sur le site, mais cela n’a pas été annoncé officiellement”, précise-t-il. Les lébous avaient opposé un niet catégorique. Et même pour la construction du pont de Soumbédioune, des problèmes avaient ressurgis.

Il était prévu la destruction d’une partie de l’immeuble Elimane Ndour (qui abrite la radio Rfm et le journal “L Observateur”: Ndlr), mais aussi celle d’une quarantaine de sépultures . Finalement, grâce à l’intervention de Ahmed Diène et la communauté léboue, il a été finalement décidé la construction du ponton qui couve 39 à 50 tombeaux.

Youssoupha MINE-

Seneweb.com

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